Un doux jeudi soir. Place de la nation. Le poil s'en allait au travail car le poil est un poil en déficit. Il tourne la tête pour vérifier que la voiture noire d'un riche conducteur la laissera passer. Et non! Pas cette fois. Le poil a du reculer sur le trottoir . En l'absence de feu, c'est pourtant le piéton qui est prioritaire. Mais bon, le poil est à Paris tout de même!P1010520
La tête a donc tournée et le regard s'est figé sur une vision des plus féériques. Le poil a vu une incroyable caravelle amarrée là, au rond-point du peuple, au rond-point de la démocratie, "Place de la Nation". Le poil est curieux, très curieux. Le poil s'impatiente. Il traverse non sans difficulté l'énorme voie qui la sépare du bateau. Il y arrive enfin. Le marin est installé là, aux côtés de sont bric à brac enchanté. Un bonnet bleu visser sur un crâne chevelu, un bleu de travail réinventé, le corsaire de la démocratie esquisse un sourire à peine perceptible sous sa "barbe à papa". Son pavillon? Celui d'un nouveau monde, d'un état à réinventer, d'une démocratie à réviser. Car ce sont là ses revendications. Michel Godin des Mers veut qu'on reprenne le code civil napoléonien, qu'on abolisse la propriété, que l'on rende le territoire français au peuple. Lui qui a éé expulsé 10 fois de chez lui sans relogement, avec vols, pillages, destructions d'œuvres et de lieux, lui qui connait l'incertitude des lendemains, il veut que les plus riches laissent aux plus pauvres, que les sans abris soient logés, que le logement soit une évidence. A mes questions, il répond sans reprendre son souffle. Michel a besoin de parler, de dire son mécontentement, de partager sa désolation...Tout ça sans colère ni amertume. Michel est trop positif pour ça. Cet "acteur -novateur-artisan poète", comme il se dit lui-même, me parle de fraternité, de liberté, de justice, de parole au peuple...Je l'écoute avec tendresse. Mais les minutes se bousculent. Il est 19h10 et me voilà déjà en retard. Il me conseille alors de prendre les polycopiés qui trône sur le devant du bateau. En échange, je donne ce que je veux. Zut, je n'ai plus que 40 centimes. Tant pis, je promets à Michel de venir le voir un autre jour. Il me dit:
"Pas la peine de promettre! Juste avoir confiance. Je sais que tu viendras." Et philosophe avec ça!P1010519
Les feuilles sont d'un autre temps. Tout est fait à la main, écrit à la main sur une page à gros carreaux pour l'une et un texte dactylographié rectifié à la main pour l'autre. Les lettre se bousculent maladroitement, les phrase font des vagues, se penchent, la place manque pour la rage qu'a à exprimer Michel. Très touchant! On croirait un devoir d'enfant.
Je m'en vais comme une voleuse (puisque le temps m'a aussi volé!) en prenant quelques photos (médiocres). Le soleil n'était pas au rendez-vous mais Michel m'a réchauffé le cœur. Quelle bonheur de savoir qu'il y a de doux illuminés qui réfléchissent sur le monde. Un monde qui, du coup, n'a pas encore réussi à aseptiser tout le monde!

Depuis 2001, Michel vous attend tous les 14 du mois, place de la Nation, de 16 heures à 20 heures.
Tous les vendredi, il vous attend sur la passerelle Saint-Louis, derrière Notre-Dame, entre 20 heures et minuit.